Carnet Spirituel n°68 : La Contemplation – Regard sur Dieu et sur nous-même I

Ces prochains carnets nous rapporteront les instructions que fit le Père à un petit groupe de religieuses dominicaines qui ne se destinaient pas à l’enseignement mais qui furent formées d’abord chez nos sœurs de Fanjeaux. Plus portée vers la vie contemplative, elles furent ensuite confiées au Père qui voulut bien les accueillir chez lui malgré son âge et sa santé précaire. Elles étaient peu nombreuses, trois seulement ! Il se donna à ce nouvel apostolat avec un dévouement sans faille. Ce fut son chant du
cygne.
Après son décès elles se transportèrent à Avrillé, où se constitua peu à peu le monastère Saint-Joseph. Elles ont ensuite essaimé en Dordogne, pour fonder le monastère de l’Immaculée à Montagnac-la-Crempse.

Celle qui peut être considérée comme la restauratrice de la branche contemplative de l’Ordre des Prêcheurs et la fondatrice de ces deux monastères, Mère Marie-Emmanuel Cloix, est décédée le 27 janvier 2019 après un cancer au cerveau dont elle soutint la souffrance durant une année.
Certaines de ces instructions, destinées à des contemplatives, seront peut-être un peu difficiles mais nos lecteurs qui voudront bien faire l’effort d’en faire une méditation plus personnelle en retireront certainement un grand profit. Elles m’ont remis en mémoire cette petite histoire : Où habite Dieu ?

C’est Margaux, âgée de six ans, qui vient de poser la question. Et elle enchaîne : « Parce que s’il habite dans notre temple, le bruit des travaux doit lui casser les oreilles ».
Effectivement, le travail de la pelleteuse, suite à la rupture des canalisations par le gel, bat son plein. En l’entendant, je commence par sourire. Mais elle insiste : « C’est où qu’il a sa maison, Dieu ? » Est-il dans les magasins ou seulement dans les églises ? Pourquoi sa grand-maman dit-elle qu’il habite dans son coeur ? C’est très exclusif comme affirmation. Quant au ciel ? Ça lui paraît peu pratique, surtout qu’elle a le vertige.  Du coup, c’est moi qui ai le tournis. Les questions sont délicates. Et, lorsqu’un enfant les pose, il n’y a
jamais de malice. Juste une détermination farouche à comprendre un mystère que les adultes semblent avoir percé. 

Comment décrire Dieu à un enfant ? On le présente comme un esprit immatériel, tout en s’extasiant sur son regard bienveillant ou sur ses bras prêts à nous accueillir. Où le situer ? Certains disent qu’il est partout, d’autres nulle part. Quelques-uns le voient en chacun de nous.  En pensant à tout cela, me revient cette histoire :
Un maître juif demande un jour à ses hôtes : « Où vit Dieu ? ».
Les convives érudits se moquent, disant : « Que nous demandez-vous là ? Le monde n’est-il pas plein de sa présence ? ».
Le rabbi laisse à ses amis un temps pour débattre la question. Puis, il murmure : « Je pense que Dieu habite là où on le fait entrer ».
Et Margaux de conclure : « Super, je vais pouvoir l’inviter chez moi… en espérant qu’il ne sera pas déjà pris ».
Joli, non ?

C’est ce que font nos sœurs contemplatives : inviter Dieu à entrer chez elles et chez les âmes qui ne l’invitent pas mais ont besoin de Lui. Pourquoi ne pas les imiter, chacun selon son état et ses grâces ?

Abbé Michel Simoulin