Carnet Spirituel n°63 :
L’athéisme

Éditorial 

Nos grands et sages docteurs de l’Église, saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, s’accordent pour enseigner que l’homme n’a pas d’autre raison d’être ici-bas que la vision de Dieu dans l’éternité. Pour cela il a besoin de la grâce mais il n’a pas d’autre finalité que l’éternelle béatitude. Il n’a pas de finalité purement naturelle, et vouloir limiter les ambitions humaines à un bonheur naturel, c’est le condamner à vivre dans un véritable désordre. Il n’y a qu’un ordre pour l’homme, c’est l’ordre surnaturel, dont la grâce donnée par Dieu est l’unique principe. Hors de cet ordre surnaturel, surtout si le principe de cet ordre, la grâce, est refusé, il n’y a que désordre naturel.

C’est pourtant à cet état de désordre que conduit l’athéisme, en tant que refus de Dieu, et ses succédanés, le naturalisme, le libéralisme, le socialisme et le marxisme entre autres. Ces théories sont vieilles comme le monde, et chaque fois que les hommes ont tenté d’instaurer une organisation de la société sans Dieu, en méprisant la prédication de Jésus-Christ et les enseignements de l’Église, les conséquences en sont bien connues. L’histoire est là pour nous les rappeler, même si ceux qui la racontent se limitent à exposer les effets sans remonter aux causes ! Un ordre matériel non gouverné par les lois de l’esprit, sans une finalité spirituelle ne peut être qu’un désordre dont les premières victimes sont les petits, les plus faibles.

Il est des attitudes excusables lorsqu’il s’agit de jeunes gens ou d’hommes un peu troublés par l’abus d’alcool, mais nos gouvernants ne sont guère excusables, car l’expérience et l’histoire, outre une saine philosophie, sont là pour guider leurs réflexions, mais… de cela ils n’ont cure, car ils n’aiment pas dépendre d’autres que d’eux-mêmes !

J’aime bien ces sages réflexions de saint Thomas sur l’ignorance du passé ! Il compare la jeunesse à l’ivresse, et il me semble évident que ceux qui nous gouvernent sont des gens ivres, de cette ivresse qui singe la jeunesse, et qui n’est qu’absence de sagesse, ignorance de l’homme, de sa nature spirituelle et de sa finalité spirituelle. Ils croient tout savoir alors qu’ils n’ont rien fait encore de leur vie, ils n’ont rien compris car ils ne tirent aucune leçon d’un passé qu’ils méprisent parce qu’il était chrétien.

Lisons notre grand et sage docteur :

Comme dit le Philosophe, la jeunesse est cause d’espoir pour trois raisons, qui peuvent se rattacher aux trois conditions du bien objet de cette passion : qu’il est futur, difficile et possible. En effet, les jeunes ont beaucoup d’avenir et peu de passé. Et, parce que la mémoire porte sur le passé, tandis que l’espoir regarde l’avenir, ils ont peu de mémoire, mais beaucoup d’espoir. De plus, les jeunes gens, à cause de leur chaleur naturelle, abondent en esprits vitaux, ce qui donne à leur cœur beaucoup d’ouverture. Or, c’est la dilatation du cœur qui fait tendre aux choses difficiles. C’est pourquoi les jeunes sont entreprenants et pleins d’espoir. De même aussi, ceux qui n’ont pas essuyé de revers ni rencontré d’obstacles dans leurs efforts s’imaginent facilement que telle chose leur est possible. C’est ainsi que les jeunes gens, à défaut de l’expérience des obstacles et de leurs propres lacunes, croient facilement pouvoir réussir et sont donc pleins d’espoir. Deux de ces causes se vérifient également pour les gens ivres : la chaleur et la multiplication des esprits vitaux produites par le vin ; et aussi l’irréflexion sur les dangers et sur leurs manques personnels. Cette dernière raison explique de même que tous les sots et ceux qui ne réfléchissent pas ont toutes les audaces et sont remplis d’espoir. « Et propter eandem rationem etiam omnes stulti, et deliberatione non utentes, omnia tentant, et sunt bonae spei ». (Ia IIae 40, 6 Les jeunes et les gens ivres regorgent-ils d’espoir ?)

Michel Audiard faisait dire à peu près la même chose à un de ses acteurs, dans des termes à peine différents : les … ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ! (si vous voulez la référence, allez voir « Les tontons flingueurs », et la scène de la cuisine. Lino Ventura vous fera entendre le mot que je n’ose écrire ici !)

Hélas, la sainte Écriture nous avait déjà prévenus : « Le nombre des sots est infini ». « Stultorum infinitus est numerus » (Ecclésiaste, 1, 15), et leur nombre n’a pas diminué ! Ce sont eux qui nous gouvernent, avec toutes les audaces et les prétentions de jeunes gens inexpérimentés et ivres non de vin mais d’orgueil ! Parmi ces « stulti » qui nous gouvernent, il est un « stultissimus » qui a exprimé, il y a peu de temps, leur vision des choses : le spirituel n’existe pas, il a disparu même des monuments les plus expressifs de sa réalité. « Ce que je sais, c’est que Notre-Dame de Paris n’est pas une cathédrale, c’est notre (bien) commun ». Voilà où conduit l’ivresse qui s’est emparé des enfants qui jouent aux grands, et ne font rire personne !

Nous sommes gouvernés par des ivrognes, ivres de leur soif de gouverner le monde à l’envers de l’ordre divin, ivres de leur haine de Dieu et de leur ignorance des lois de l’esprit, ivres et insatiables. La révolution n’a été faite que par des gens ivres d’orgueil, ivres de haine envers toute forme d’autorité, ivres de dominer et organiser le monde selon leurs passions… ivres comme des enfants qui grandissent et ne parviennent pas à ordonner les passions qui agitent leur nature au cœur de leur adolescence. La raison n’a pas eu sa place, et tout homme qui prétendait à la primauté de l’esprit, aux privilèges de l’âme spirituelle et réclamait d’en suivre les préceptes devait être éliminé. La guillotine était là pour faire avancer le désordre en nos cités ! 

Ces conférences du Père datent d’une cinquantaine d’années, et peuvent sembler dépassées. Et c’est vrai : les situations actuelles ont dépassé toutes les prévisions du Père : de l’athéisme qui refuse Dieu et la vie spirituelle, au matérialisme socialiste ou marxiste, il y a une terrible cohérence dans la mise en place du désordre dont meurent nos sociétés. Elle n’a pas disparu mais a pris des formes nouvelles, plus discrètes mais aussi efficaces.

Que l’Immaculée nous vienne en aide et ramène sur terre le règne de la Sagesse, cette Sagesse éternelle qui est Jésus-Christ, roi et sauveur.

Abbé Michel Simoulin

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