Carnet spirituel n° 39

L’Église - septembre 2013

      Éditorial
     
      Ce nouveau carnet est plus épais que d’habitude. C’est qu’il traite d’un sujet d’importance sur lequel il peut être bon de remettre quelques idées en place : l’Église.
     
      Une première partie rassemble une suite de textes sur le mystère même de l’Église, mystère du Corps Mystique de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mystère d’abord surnaturel de ce que bien des auteurs ont nommé le « Royaume de la grâce ». Ce sont les textes les plus fondamentaux qui valent et vaudront quelles que soient les époques et les situations historiques.
     
      La deuxième partie rassemble des textes plus actuels, relatifs à l’Église telle qu’elle vit et doit vivre dans les conditions créées par le Concile Vatican II. C’était l’époque du Concile, celle de Jean XXIII et de Paul VI, celle des suites du concile, des premiers ravages de l’esprit postconciliaire. Le thème qui revient le plus souvent est celui du Pape. En relisant ces réflexions du Père, nous pourrions estimer que le Père était naïf. Pour mon compte, je parlerai plutôt de la bienveillance du Père, cette vertu que nous oublions si souvent de pratiquer dans nos jugements sur le Pape, les évêques, les prêtres… Et j’entends encore le Père me parler du pauvre Paul VI ! Il n’était nullement dupe mais avait trop d’amour surnaturel pour le Pape pour se permettre de le juger et d’en dire du mal. Il parlait de lui avec tristesse et douleur, se demandant comment le Pape pouvait agir ou laisser agir ainsi. Mais il savait raison garder, et discerner l’homme et le Pape, l’Église et le Pape et il aurait pu reprendre les belles formules de son frère dans l’ordre des prêcheurs, le Père Calmel :
     
      « Il est un chef de l’Église toujours infaillible, toujours sans péché, toujours saint, ignorant toute intermittence et tout arrêt dans son œuvre de sanctification. Celui-là est le seul chef car tous les autres, y compris le plus élevé, ne détiennent d’autorité que par lui et pour lui. Or ce chef saint et sans tache, absolument à part des pécheurs, élevé au-dessus des cieux, ce n’est point le pape, c’est celui dont nous parle magnifiquement l’épître aux Hébreux, c’est le Souverain Prêtre : Jésus-Christ. « Or si le pape est le vicaire visible de Jésus qui est remonté dans les cieux invisibles, il n’est pas plus que le vicaire : vices gerens, il tient lieu mais il demeure autre. Ce n’est point du pape que dérive la grâce qui fait vivre le corps mystique. « L’Église n’est pas le corps mystique du pape ; l’Église avec le pape est le corps mystique du Christ. » (De l’Église et du Pape – Itinéraires 173. mai 1973)
     
      Puissions-nous tirer de notre lecture un sens de l’Église plus sage et équilibré, sans illusion et sans amertume, mais avec foi, amour et espérance, soutenus peut-être par cette pensée magnifique d’un autre frère prêcheur, le Père Clérissac, dans « Le mystère de l’Église » : 
     
      « L’on a dit qu’il faut savoir souffrir non seulement pour l’Église, mais par l’Église. S’il y a quelque vérité dans cette parole, c’est que nous avons parfois besoin d’être traités fortement, d’être tenus dans l’ombre, le silence et toutes les apparences de la disgrâce, et peut-être pour n’avoir pas assez saintement profité des faveurs et des avances de l’Église en d’autres temps. « Puis, n’en doutons pas, ce traitement fort, nous faisant efficacement concourir à l’ordre et à la sainteté de l’Église, nous sera l’équivalent surnaturel d’une mission. En tout cas, le signe certain que nous gardons la plénitude de l’esprit, est de ne jamais admettre que nous puissions souffrir par l’Église autrement que nous pouvons souffrir par Dieu. »
     
      Abbé Michel Simoulin

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