Carnet spirituel n° 34

La sainteté (2e partie) - septembre 2012

      Éditorial
     
      Ces conférences sur la sainteté sont tellement actuelles, et le Père lui-même fait de nombreuses allusions à notre époque et à ceux qui y combattent pour et contre la sainteté, si bien que je n’ai pas cru déplacé de mettre en introduction la lettre que Mgr Lefebvre adressait à ses prêtres pour leur présenter la lettre sur la laïcisme dont nous avons parlé dans notre carnet précédent. Cette lettre est de 1960, et nous voyons combien se trompent ceux qui font de Mgr Lefebvre un éternel opposant au pape et au concile ! Il espérait que cette lettre des évêques italiens guiderait les travaux du concile ! Nous savons qu’il n’en a rien été, bien au contraire, puisque ce concile s’est fait le chantre de l’humanisme nouveau et du culte de l’homme. Qu’on relise les impressionnantes paroles de Paul VI dans son allocution de clôture du Concile :
      L’humanisme laïque et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu.
      Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver ; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes pour les hommes l’a envahi tout entier. La découverte et l’étude des besoins humains (et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre se fait plus grand), a absorbé l’attention de notre Synode.
      Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme.
      Il faut reconnaître que ce Concile, dans le jugement qu’il a porté sur l’homme, s’est arrêté bien plus à cet aspect heureux de l’homme qu’à son aspect malheureux. Son attitude a été nettement et volontairement optimiste.
      Un courant d’affection et d’admiration a débordé du Concile sur le monde humain moderne…des messages de confiance sont partis du Concile vers le monde contemporain : ses valeurs ont été non seulement respectées, mais honorées ; ses efforts soutenus, ses aspirations purifiées et bénies.

      Il est si facile de se laisser prendre aux mirages d’un monde devenu païen, aux illusions d’une nécessaire adaptation, avec les meilleures intentions de le convertir. C’est toute l’illusion de ces idées qui ont prévalu dans l’Église dans les années d’après-guerre, et qui n’ont eu d’autre effet que de séculariser le clergé, laïciser la prédication et les méthodes d’apostolat, « humaniser » le divin. Sur ce sujet, le Père a tellement parlé et même confié ses pensées à des notes personnelles que je ne résiste pas au plaisir de vous en citer quelques petits extraits.
     
      La nature de l’humaniste consiste à conserver une altitude moyenne dans le but de savourer davantage la visibilité de la terre grâce à ce que cette altitude, qui est déjà une participation du ciel, lui apporte au service de sa passion de l’humain. Il analyse avec gourmandise les vérités chrétiennes dans ce qu’elles apportent d’agréable, d’esthétique, de polissé à la civilisation humaine, il réclame avec une facile insistance ce qui, dans la vie surnaturelle, assure à l’homme son prestige, son rendement ; le christianisme lui plaît tant qu’il reste un magasin d’auréoles pour toute taille et pour tous les âges. Alors il en parlera avec le ton d’un gardien de musée ou d’un orateur de 14 juillet ou d’un académicien : il en écrira avec une plume trempée dans cette poussière d’or dont les peintres se servent pour les enluminures, il en dissertera doctement, finement, passionné de documentation historique ou théologique.
      Ce n’est pas Dieu que l’humaniste aime : il aime ce que Dieu apporte à son humanité, il est intelligent, il n’est pas vrai… l’humaniste commet cette absurdité : ce qu’il demande au Christ, c’est de lui apporter en mieux ce qu’il a déjà en moins bien : quelques aspects de Sa belle nature humaine qui, greffés sur la nature corrompue de l’homme, produiront non pas un chrétien, mais un humaniste croyant, un produit raffiné d’humanité. Somme toute, l’humaniste n’aime pas le Christ pour Lui, Jésus, mais il aime Jésus pour lui, l’humaniste.
      Ah ! Nos vieux saints, vos colères d’amour, que devez-vous penser de nos bêlements pieusards... On ne va tout de même pas trottiner gentiment derrière les porte-bannières du faux et de l’erreur... On va monter à son Calvaire en tenant tête comme Lui, en faisant tête comme Lui, en aimant comme Lui. Ca vaut beaucoup mieux que d’acheter une peau de mouton avec des cornes de feutre au bazar de la théologie nouvelle. Zut ! À force d’être intelligents, ils rayonnent le crépuscule de la bêtise insondable de ceux qui sont fiers d’avoir pensé quelque chose au profit de l’humanité et aux dépens de Dieu.

     
                        Abbé Michel Simoulin

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