Carnet spirituel n° 32

Les dons du Saint-Esprit (2e partie) - mars 2012

      Éditorial
     
      Voici donc la fin de cette série de conférences sur les dons du Saint-Esprit. Les dons envisagés ici sont ceux relatifs à la vie « mystique » proprement dite, alors que les premiers sont plutôt adaptés à la vie pratique. Mais il faut prendre garde de ne pas mettre trop de cloisons dans la vie de notre âme, car notre âme est un tout unique et sans cloisons. Le tout de la vie spirituelle est précisément de parvenir à unifier notre vie : vie de l’âme, vie de l’esprit, vie de l’intelligence et de la volonté, vie des passions et des sentiments, vie du corps et des sens… la grâce cherche à tout unifier, tout ordonner pour tenter de retrouver cette harmonie primitive perdue depuis le péché originel.
      Le principe d’unification est la grâce, cette semence divine déposée en notre âme, que le Père nommait parfois une « étincelle d’éternité ». Et c’est dans cette grâce que nous sont apportés ces moyens surnaturels de mettre toute notre vie au service de la vertu suprême, la charité. Elle-même nous est donnée dans la grâce sanctifiante, répandue dans notre cœur par le Saint-Esprit qui nous est donné. Et tout ce que le Saint-Esprit répand dans nos cœurs, sans que nous le sachions, réalise ce qu’il est convenu d’appeler la « vie mystique ». C’est un mot qui nous fait peur parfois, alors qu’il ne désigne rien de plus qu’une vie soumise à l’action du Saint-Esprit plus qu’à l’action de l’homme. L’homme doit agir, bien sûr, mais surtout il doit être « agi » par le Saint-Esprit et coopérer ensuite à cette action intérieure. C’est encore saint Paul qui nous enseigne toute cette si belle et précieuse doctrine : « la charité divine est répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Romains, 5,5) ; « ceux-là sont enfants de Dieu qui sont mus par l’Esprit de Dieu » (Romains, 8, 14).
      Dieu désire tellement notre sainteté, c’est-à-dire notre bonheur qu’il ne sait plus quoi inventer pour nous en donner gratuitement tous les moyens : son propre Fils, son Esprit, sa vie, sa charité… comment ne pas l’aimer en retour ? Saint Bernard a sur cela une page superbe qui dira mieux la joie et l’enthousiasme qui doivent soulever nos cœurs.
     
      Quiconque aime Dieu est bien sûr qu’il est aimé, car Dieu ne peut pas ne point payer de retour un amour qu’il se plaît à devancer, et ne pas nous aimer lorsque déjà nous l’aimons, puisqu’il nous aime lorsque nous ne l’aimons pas encore.
     
      Or il nous aime et nous a aimés le premier. On n’en saurait douter ; l’Esprit-Saint et Jésus, mais Jésus crucifié, en rendent un double et irrécusable témoignage ; Jésus-Christ, par sa mort, mérite notre amour, et le Saint-Esprit, par l’onction de sa grâce, nous le fait aimer; l’un acquiert des droits sur notre cœur et l’autre nous le lui fait donner ; Jésus nous engage à l’aimer par l’étendue même de son amour pour nous, le Saint-Esprit nous donne les moyens de le faire ; l’un nous montre ce que nous devons aimer et l’autre nous le fait aimer ; enfin Jésus nous fournit un motif d’amour et le Saint-Esprit nous en donne le sentiment.
     
      Quelle honte de voir d’un œil indifférent le Fils de Dieu expirant pour nous ! Et c’est pourtant ce qui a lieu si l’Esprit-Saint ne s’en mêle et ne nous préserve d’une telle ingratitude ; mais, comme « cet Esprit-Saint, qui nous a été donné, répand l’amour de Dieu dans nos cœurs (Rom., V, 10) », nous payons cet amour par l’amour, et plus nous aimons, plus nous méritons d’être aimés (amati amamus, amantes amplius meremur amari). Nous étions, dit l’Apôtre, ennemis de Dieu, et nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils qui nous a prévenus ; quelle espérance de salut ne devons-nous pas fonder sur sa vie, maintenant que nous sommes réconciliés ? En effet, ce Dieu qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a, au contraire, livré pour nous à la mort, pourra-t-il bien ne pas nous donner tout le reste avec lui ?
      Nous avons donc deux gages de salut, le sang du Sauveur et l’affection du Saint-Esprit; mais l’un ne sert de rien sans l’autre, car le Saint-Esprit ne descend pas dans les âmes qui ne croient point en Jésus crucifié, et la foi en notre Sauveur est une foi morte sans les œuvres de la charité qui nous est donnée par le Saint-Esprit. Jésus-Christ, le second Adam, a, comme le premier, un corps vivant, mais il a de plus un esprit vivifiant : par l’un, il peut souffrir la mort et par l’autre il ressuscite les morts. Que m’importe qu’il meure pour moi si je n’ai point part à son esprit qui me vivifie ? « La chair ne sert de rien, dit-il lui-même, c’est l’esprit qui vivifie » (Joan., VI, 64). Comment cela ? En nous justifiant. En effet, si le péché est la mort de l’âme, selon ces paroles : « L’âme qui pèche mourra » (Ezech., XVIII, 4), il s’ensuit que la justice pour elle est la vie ; aussi est-il dit : « La foi est la vie du juste » (Rom., I, 17). Or en quoi consiste la justice, sinon à payer de retour l’amour que Dieu a pour nous ? C’est ce que fait le juste quand le Saint-Esprit lui révèle, par la foi, les éternels desseins de Dieu sur son salut. Cette révélation n’est pas autre chose que l’infusion de la grâce par ce même Esprit-Saint qui donne la mort aux œuvres de la chair et vous prépare au royaume de Dieu, que la chair et le sang sont incapables de posséder. Ainsi le même Esprit nous donne en même temps la certitude que nous sommes aimés et la grâce d’aimer à notre tour, afin que nous ne laissions pas l’amour de Dieu pour nous sans retour.      

                        Abbé Michel Simoulin

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