Carnet spirituel n° 31

Les dons du Saint-Esprit (1ère partie) - décembre 2011

      Éditorial
     
      Avec ces conférences sur les dons du Saint-Esprit, nous entrons vraiment dans le monde caché et silencieux de l’action directe de Dieu dans les âmes.
     
      Il nous faudrait relire maintenant tout le chapitre 8 de l’épître aux Romains, dans lequel saint Paul détaille l’action incessante de Dieu dans l’âme après l’avoir recréé dans sa grâce en la revêtant de Jésus-Christ, pour la rendre « conforme à l’image de son Fils ». Cette action de Dieu à l’intime de l’âme qui prolonge et achève l’acte recréateur du baptême pour le porter à son terme, est l’œuvre réservée au Saint-Esprit, donné au baptême pour répandre dans les âmes la charité divine et aider l’action de l’âme dans sa quête de Dieu et son progrès dans la vie de la grâce.
     
      Ro. 8. 9 Pour vous, vous ne vivez point dans la chair, mais dans l’Esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, il ne lui appartient pas.
      10 Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’esprit est vie à cause de la justice. 11 Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels, à cause de son Esprit qui habite en vous. 12 Ainsi donc, mes frères, nous ne sommes point redevables à la chair pour vivre selon la chair. 13 Car si vous vivez, selon la chair, vous mourrez ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les oeuvres du corps, vous vivrez ; 14 car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. 15 En effet, vous n’avez point reçu un Esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, en qui nous crions : Abba ! Père ! 16 Cet Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
      17 Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, pour être glorifiés avec lui. 18 Car j’estime que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire à venir qui sera manifestée en nous. 19 Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la manifestation des enfants de Dieu. 20 La création, en effet, a été assujettie à la vanité, - non de son gré, mais par la volonté de celui qui l’y a soumise, - avec l’espérance 21 qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. 22 Car nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière gémit et souffre les douleurs de l’enfantement. 23 Et ce n’est pas elle seulement ; nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous gémissons en nous-mêmes, attendant l’adoption [des enfants de Dieu], la rédemption de notre corps. 24 Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or, voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : car ce qu’on voit pourquoi l’espérer encore ? 25 Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec patience.
      26 De même aussi l’Esprit vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas ce que nous devons, selon nos besoins, demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même prie pour nous par des gémissements ineffables ; 27 et celui qui sonde les cœurs connaît quels sont les désirs de l’Esprit ; il sait qu’il prie selon Dieu pour des saints. 28 Nous savons d’ailleurs que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son éternel dessein.
      29 Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin que son Fils soit le premier-né d’un grand nombre de frères. 30 Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a glorifiés.
     
      Avec la grâce, l’âme a reçu ces vertus dont nous avons traité dans nos derniers carnets. Ces vertus sont mises à la disposition de l’âme pour qu’elle agisse divinement, mais « la grâce ne détruit pas la nature », et les désirs les plus saints, les volontés les plus ardentes sont souvent tenus en échec par les infirmités et les limites de cette nature. La grâce elle-même est, non pas vaincue, mais freinée ou empêchée de vaincre par ces infirmités qui entravent son action. Ce sont toutes ces lenteurs, ces impuissances, ces échecs que nous connaissons tous et qui nous désolent… dont nous ne sommes pas coupables mais plutôt victimes. Dieu connaît tout cela et permet ces échecs pour nous aider à garder au cœur cette conscience de notre pauvreté, nous maintenir dans l’état d’enfance et de petitesse qui nous fait en appeler à Dieu quand nous n’arrivons plus à avancer ou à nous relever. « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son éternel dessein. »
      C’est alors au Saint-Esprit d’intervenir, sans nous le dire peut-être, discrètement mais efficacement, au moyen de ses Dons. Les Dons du Saint-Esprit sont nommés ainsi, non pas parce qu’ils sont donnés, car les vertus aussi nous sont données et cela n’est pas propre aux Dons. Ils sont ainsi nommés parce qu’ils sont à la disposition du Saint-Esprit, nommé aussi le « Don » de Dieu, Donum Dei. C’est lui, le Saint-Esprit qui est donné au baptême et qui se redonne à l’âme au moyen de ces Dons, pour soutenir, compléter et achever l’œuvre que nous n’avons pas pu mener à bien par le seul usage des vertus.
     
      Les enfants connaissent bien, je pense, cette image des « sept voiles de mon bateau ». L’image est belle et juste. Pour faire avancer le bateau, je dispose de rames. Ce sont les vertus. Mais cet exercice est fatigant et parfois insuffisant, surtout si la course est difficile, longue, voire agitée par la tempête. Alors, le Don de Dieu intervient avec son souffle puissant pour faire jouer le Don approprié à la victoire. Le Saint-Esprit est le Don, il est le Souffle, il est aussi le Doigt de Dieu… ce doigt dont Dieu se sert pour pousser discrètement la barque et aider notre effort sans que nous nous en doutions.
     
      Le Saint-Esprit est le grand méconnu, parce qu’il est trop discret. Nous sommes souvent ingrats à son égard, alors que nous lui devons toutes nos victoires, nos progrès, nos résurrections qu’il réalise en nous conjointement avec Jésus-Christ. Il est l’Esprit de Dieu, l’Esprit du Fils et c’est par Lui que Dieu Père et Fils agit en nous. C’est la plus grande histoire d’amour qu’un homme puisse connaître, histoire dont Dieu prend l’initiative dès notre baptême et dont le Saint-Esprit sera l’agent principal, sans attendre notre confirmation, pour sanctifier notre âme d’abord sans nous, jusqu’à l’âge de raison, puis avec nous dès que nous devenons capables de collaborer à son action.
     
      Les quatre Dons examinés aujourd’hui sont ceux de la vie active, destinés à soutenir nos efforts dans la recherche d’une vie ordonnée et droite : crainte de Dieu, piété, force et surtout Conseil pour aider cette vertu de prudence si nécessaire, puisque c’est elle qui dirige l’exercice de toutes les vertus, même les plus nobles.
     
      Puissent ces conférences, que nous continuerons dans le prochain carnet, nous introduire dans une meilleure connaissance de l’artisan de notre sainteté.     

                        Abbé Michel Simoulin

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