Carnet spirituel n° 26

La vie mystique - septembre 2010

      Éditorial
     
      « Mystique »… voici un mot étrange, un mot qui fait peur ou qui fait sourire !
      Dire de quelqu’un que c’est un mystique, cela revient souvent à dire que c’est un exalté, qui n’a pas les pieds sur terre et passe son temps à rêver dans les sphères célestes ou dans celles de son imagination !
      Cela peut signifier, et cela est mieux, que cette personne est très avancée dans les voies spirituelles de la contemplation et de la sainteté !
      On peut aussi opposer « mystique » à « ascétique » et l’on glisse alors vers les zones dangereuses des comparaisons entre les diverses « spiritualités », pour opposer les saints entre eux : saint Ignace, saint Dominique, saint François d’Assise, saint François de Sales, saint jean Bosco, etc.
      Et si vous allez consulter les dictionnaires, les résultats sont encore plus étranges : croyant, fanatique, dévot, fervent, passionné, illuminé, inspiré… personne qui a une foi intense et la défend avec exaltation… Bref ! Nous ne sommes pas loin du fanatisme !
      Alors que « mystique » signifie plus simplement caché, secret ! La racine grecque du mot, en effet, signifie « initier », ce qui revient à suggérer que la vie mystique requiert une certaine préparation ou éducation de l’esprit. Et s’il s’agit des choses de Dieu, il est clair que ce procédé par lequel quelqu’un se trouve conduit au sens caché des mystères de la foi, est tout simplement l’œuvre du Saint-Esprit opérant dans toutes les âmes en état de grâce. Cette œuvre requiert, bien sûr, un bon catéchisme ! Elle requiert ensuite une bonne vie de prière, une bonne vie sacramentelle, une bonne vie morale ! Et elle requiert enfin l’action du Saint-Esprit opérant dans l’âme par ses sept dons.
      C’est, généralement, en cela que les meilleurs auteurs font consister la vie mystique : une vie placée principalement sous le régime des dons du Saint-Esprit ! Donc, en soi, rien d’extraordinaire ! C’est la vie à laquelle nous sommes tous appelés et conduits si nous nous laissons « agir par l’Esprit de Dieu » comme nous y invite saint Paul.
      Rien d’évaporé, rien de subtil réservé aux grands saints... mais une vie solidement enracinée dans la foi opérant par la charité, une vie qui privilégie l’expérience personnelle de Dieu par les vertus théologales plutôt que la réflexion, où il s’agit d’expérimenter l’amour de Dieu plutôt que de penser.
      Ceci, bien sûr, justifie quelques éclaircissements et ce présent carnet les a demandés à notre bon Père de Chivré. Il s’agit là d’une série complète dont nous avons simplement retiré la dernière conférence, la conclusion, qui servira d’introduction au carnet suivant qui en sera la suite logique sur « la contemplation ».
      Suivons donc l’invitation de Notre-Seigneur : « Duc in altum ! » N’ayons pas peur d’aller de l’avant ou, plutôt, de nous laisser porter par l’Esprit-Saint qui sait d’où il vient et où il va, même s’il ne nous le dit pas ! Nous savons qu’il vient de Dieu et qu’il nous y porte, et cela doit suffire à notre confiance et à notre docilité… jusqu’à la sainteté à laquelle Dieu nous destine.      
                  Abbé Michel Simoulin

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