Carnet spirituel n° 15

La Vérité - novembre 2007

      Éditorial
     
      La vérité ! Qui aujourd’hui ose encore en parler ? Tous savent par cœur ce dogme infaillible de notre civilisation adulte : tout homme est libre de croire ce qui lui plait et de choisir le mode de penser qui lui convient au Panthéon des pensées humaines !
      Aucun thème, pourtant, n’a davantage préoccupé les philosophes de tous les temps et les théologiens de toute tendance que celui de la vérité, de sa nature, de ses caractéristiques, de ses impératifs, etc. 
      Depuis le « quid est veritas ? » du procureur romain, combien sont-ils aujourd’hui les tristes Pilate au petit pied qui poussent très fort leur cervelle en plissant doctement le front pour émettre leur définitive sentence : la vérité est une fable pour les enfants et les vieilles, mais qu’un esprit adulte se doit de repousser du pied pour se faire à lui-même sa vérité.
      Et l’on se demande pourquoi les hommes se déchirent et s’entretuent, pourquoi les hommes ne s’aiment pas entre eux, pourquoi les hommes ne s’aiment pas eux-mêmes… pourquoi règnent l’égoïsme, la jalousie, le mépris de l’autre, son asservissement aux plaisirs et aux caprices de plus grand et de plus fort que soi, la brutalité envers les plus faibles, la méchanceté dont le caractère parfois impitoyable fait frémir, la haine, etc.
      Le grand et méconnu Ernest Hello le notait déjà : « L’homme trouve tout simple qu’on lui nuise, parce que l’homme ne s’aime pas. L’homme ne s’aime pas : voilà le grand mot. Sainte Catherine de Gênes dit que l’amour-propre devrait s’appeler la haine propre. Qu’est-ce en effet que l’amour-propre sinon le sacrifice que l’homme fait de lui-même à la vanité ? L’homme ne s’aime pas, et l’homme doit s’aimer beaucoup ; car il doit aimer beaucoup son prochain, et il doit aimer son prochain comme lui-même » (L’homme).
      Le même note encore que, avant le christianisme, « une multitude d’idoles ennemies vivaient ensemble au Panthéon. Elles se pressaient sans se combattre, se serraient sans se nuire et se coudoyaient sans se gêner. C’est qu’elles étaient d’accord entre elles… le secret de leur calme était leur complicité. »
      Nous somme revenus à ces temps d’idolâtries complices mais après avoir apostasié. Le monde a connu la vérité, il a vécu des ères d’une paix plus ou moins parfaite tant que cette vérité a attiré et réuni les cœurs. Mais le rejet de la vérité connue et aimée, a précipité l’homme dans un état pire à l’état antérieur. Le rejet de cette vérité doit être justifié, et chacun pour justifier son rejet et son choix d’une vérité nouvelle doit nécessairement y ajouter la note de l’intolérance. Sous couvert de libéralisme, le monde n’a jamais été aussi intolérant qu’aujourd’hui. L’homme ne peut plus aimer son semblable si celui-ci n’est pas d’accord avec lui. Ce désaccord sonne comme une condamnation ou un reproche, et celui qui pouvait tout au plus être un adversaire à convaincre est devenu un ennemi à abattre : ma vérité doit régner, mon droit doit s’imposer, ma liberté doit vivre même si doit périr pour cela celle du voisin !
      Et pourtant, « Je suis la voie, la vérité et la vie… la vérité vous rendra libre… je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix ! » Mais Jésus-Christ n’est plus aimé. Hormis le petit noyau de vrais fidèles, de vrais amis, il est tout au plus une belle idole parmi d’autres, à peine tolérable pourvu qu’il ne prétende à rien de spécial. Bouddha et Allah, voilà des idoles respectables, mais ce Jésus-Christ dont nous nous sommes délivrés, non… n’en parlons plus.
      Les hommes n’aiment plus leur Dieu et leur Sauveur, et la conséquence est sous nos yeux : les hommes ne s’aiment plus entre eux et la guerre est dans nos murs.
      Est Est, Non Non. Il n’ y a rien à faire ! Il est possible de mentir et de nier l’évidence, mais cela n’empêchera jamais les choses d’être ce qu’elles sont, indépendamment de nos pensées et de nos volontés. Le Sage lit dans les choses, il découvre la vérité dans ce qui est, il l’accueille paisiblement et il en vit en paix avec lui-même parce qu’il est en paix avec la réalité. Il vit, peut-être sans le savoir, en paix avec l’auteur de cette réalité, avec Dieu et avec Jésus-Christ venu tout restaurer dans l’ordre premier. Il vit alors sans peine en paix avec son semblable.
      Mais j’en ai trop dit, et le Père de Chivré dira tout cela bien mieux que moi. Lisons, méditons, et vivons cette Vérité qui est la Vie des hommes.      
                  Abbé Michel Simoulin

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