Carnet spirituel n° 13

La vie chrétienne - juin 2007

      Éditorial
     
      « La communion des saints ! Les saints communient ensemble ; leur union est formée sur le type de l’union, sur le modèle de la Trinité divine, et pourtant le mot : saint, se dit en grec agios (a-gè), séparé de la terre.
      Ce sont donc les séparés qui vivent par excellence en communion. L’assemblée des fidèles est l’assemblée des hommes séparés, et ceux-là seuls sont les hommes unis. Ils sont séparés de l’élément qui sép90 are et unis pour toujours au principe qui rassemble…
      Le prêtre catholique est l’ami intime de l’humanité. Pourquoi donc ? C’est qu’entre elle et lui, il y a un abîme. Il domine la nature humaine. Il est prodigieusement loin des autres hommes et, à cette condition, il est tout prés d’eux. Il est distinct de la foule au-delà de toute expression, et, à cette condition, il est son ami intime...
      Enfin, si nous cherchons le sommet de la solitude, notre pensée découvre la Croix qui fut dressée sur le Calvaire. Pourtant le Crucifié réconcilie toutes choses et attire tout à lui. » (Ernest Hello)
      La vocation du chrétien est sublime : choisi par Dieu, la grâce de son baptême l’a séparé du monde, soulevé au-dessus du monde pour être en mesure de revenir vers lui pour lui donner une saveur d’éternité !
      Un chrétien est toujours appelé à plus haut service que les autres, même en pleine réunion « mondaine »... même dans une activité apostolique ! Sa vocation n’est pas de cultiver la différence ou la supériorité mais la préférence ! Sa vocation est d’aimer d’abord ce qui n’est pas du monde pour devenir capable d’aimer le monde comme Jésus l’a aimé en donnant sa vie pour la rédemption du monde.
      Dès que le mouvement d’amour cesse de façon habituelle dans une conscience chrétienne, elle rentre dans l’esprit du monde, peut-être sans le savoir. Dès que l’âme cesse d’aimer, elle ne pense plus qu’à la terre et cela, malgré toutes ses formules religieuses, car les formules religieuses font aussi partie de l’esprit du monde ! Elles dispensent d’aimer et rassurent les consciences trop lâches. L’amour n’est pas dans les formules, et multiplier les formules c’est se réfugier dans les faux-semblants et éteindre en l’âme le désir d’aimer.
      Aimer, c’est choisir… et choisir c’est évidemment renoncer et se séparer ! Aimer le monde chrétiennement c’est consentir à nous séparer de ce qui, en lui, nous sépare de Dieu ! Aimer le monde chrétiennement c’est détester et refuser ce qui fait sa médiocrité, et mépriser ce qui, en lui, ne veut pas servir Dieu ! Aimer le monde en chrétien c’est aller vers lui, après l’avoir fui, plus forts, plus purs que lui, parce que tout chargés d’éternité !
      C’est cela être le sel de la terre : être devenus différents des autres mais si proches d’eux pour donner à leur vie une saveur divine qui ne passe pas et faire à leur profit du divin, du définitif ! C’est conserver dans le monde son âme dans le sein de Dieu, séparés du trop humain, non pas indifférents ni insensibles, mais bien au contraire armés d’une sensibilité supérieure, plus vraie, plus fine, plus juste : la sensibilité du Christ à l’égard des âmes, sa compassion, sa tendresse, sa miséricorde !
     
      Il serait temps pour nous de devenir véritablement chrétiens, non ?
      Bonne et sainte lecture à tous.      
                  Abbé Michel Simoulin

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