Carnet spirituel n° 9

Celui qui n'a jamais trompé - juillet 2006

      Chers amis du Père de Chivré,
     
      Vous lirez ci-après la belle lettre si encourageante que vient de nous adresser Mgr Tissier de Mallerais. Elle n’appelle aucun commentaire de ma part, bien sûr, sinon une action de grâces. Je suis heureux de la faire connaître, avec la secrète espérance qu’elle nous aide à faire sortir la voix du Père du silence où elle demeure encore trop enfermée.
      Il semble, en effet, que nos carnets aient plus de succès aux États-Unis qu’en notre douce France ! Cela peut sembler étrange mais ne me surprend pas vraiment. Nos pauvres catholiques d’Amérique sont tellement sevrés de vraie spiritualité qu’ils savent reconnaître la qualité d’une prédication qui parle au cœur et à toute l’âme, et qu’ils apprécient une pensée qui les délivre d’un moralisme un peu volontariste dont le protestantisme a infecté l’esprit chrétien dans les régions où il est majoritaire.
      J’espère n’être pas indiscret en vous livrant l’extrait d’un courrier reçu d’une jeune fille qui traduit nos textes pour l’« Angelus », revue du district des États-Unis, qui est donc l’équivalent mensuel de notre « Fideliter », et qui publie régulièrement une rubrique « dix minutes avec le R.P. de Chivré ».
      « Je ne sais pas qui est responsable du choix des textes pour les carnets, mais je vous remercie pour ce dernier sur l’amour humain. Je vous dis très franchement que celui sur le célibat, que je n’ai même pas terminé de lire, me donne beaucoup de joie et de consolation—cela hausse le ton, et ratifie ce que j’avais cru, ce que j’avais espéré, ce que j’avais déjà déduit des autres conférences. Vraiment, je n’ai pas le cerveau ni les doigts assez rapides pour tout mettre en anglais ! Les conférences sur le mariage, aussi, répondent précisément aux besoins que je vois autour de moi. J’ai si hâte de faire connaître ce qu’il dit, car je pense que ce sera une libération pour beaucoup. Si seulement je pouvais leur donner une plus grande audience...tous ceux qui le lisent l’apprécient. (Certains disent qu’ils ne lisent plus que cela, dans "l’Angelus" !) »
      Nous autres, catholiques des vieilles chrétientés, nous nous glorifions de saints et d’auteurs dont nous reconnaissons volontiers la valeur (surtout s’ils sont français !), ce qui ne veut pas dire que nous les connaissions, ni que nous les ayons lus ou que nous soyons imprégnés de leur esprit ! Je pourrais même dire, sans trop d’exagération, que le fait d’être détenteurs d’un tel patrimoine de spiritualité semble nous dispenser d’y pénétrer, comme si nous pouvions nous reposer sur les mérites de nos saints… et continuer à vivre de ce même moralisme volontariste que nous reprochons à nos amis d’Outre-Atlantique, ou d’Outre-Manche, ou d’Outre-tout ce qui n’est pas français !
      Et ce n’est ici que notre premier défaut ! Car il y en a un autre, né de cette crise dont nous souffrons dans notre sainte Église depuis une cinquantaine d’années : nous nous méfions de tout ce qui n’est pas antérieur au Concile ! Tout auteur, tout écrit, tout enseignement, toute publication postérieurs au Concile nous sont suspects. Si le style, en outre, n’est pas parfaitement académique, construit comme un sermon de Bossuet avec ses trois parties bien articulées, alors… c’est la fin de tout, et l’auteur n’a droit qu’à un peu de pieuse commisération.
      Si j’ose me citer (d’autres, plus doctes, l’ont fait avant moi !) je redirai volontiers ce que je disais aux étudiants de l’Institut Saint Pie X le 12 octobre 1985, utilisant deux termes inventés par Jacques Maritain (encore un suspect !) : « Le nouveau généralement provoque chez l’homme deux réactions inverses et excessives toutes deux. La première est la néolâtrie, le culte et la vénération du nouveau, par fringale d’indépendance, pour se libérer du passé en refusant d’être un héritier. Cette néolâtrie engendre le goût du changement et l’élaboration du mythe poussiéreux et démodé de l’évolution que l’on confond avec la vie, qu’elle soit géophysique, biologique ou conciliaire : ce qui n’évolue pas est considéré comme mort ou inexistant. La deuxième est le misonéisme, le mépris ou le refus du nouveau, par fidélité pure et dure à la tradition reçue, par paresse souvent ou par lâcheté devant le risque de devoir quitter le confort d’un univers magique où tout est bien en place. C’est une sorte d’hibernation permanente où l’âme et le cœur se sclérosent avant de mourir. »
      Propos sévères ? J’en conviens volontiers mais comment ex-pliquer qu’il soit si difficile de faire connaître le Père de Chivré ? Sa grammaire n’est pas celle du Lavisse. Son style n’est pas celui de Bossuet. Il surprend, il étonne, il dérange parfois.
      Grâce à Dieu, il séduit aussi, et je ne veux pas me plaindre car notre audience augmente peu à peu avec le nombre de nos adhérents. Il est étonnant toutefois que son nom ne soit cité que dans nos revues étrangères, et jamais chez nous (ou pas encore ?).
      A chacun donc d’œuvrer en ce sens : faites connaître le Père de Chivré, obtenez qu’il soit parlé de lui, qu’on évoque ou qu’on diffuse ses prédications sur le mariage, la famille, l’éducation ou la Messe. Ce n’est pas pour nous que nous travaillons, ni pour notre gloire ou pour nos finances, mais pour les âmes auxquelles ces prédications peuvent apporter de réconfortantes et salutaires lumières.
      C’est à vous, chers adhérents qui savez le bien que vous font ces méditations, que nous confions d’être leurs apôtres, pour l’honneur de Jésus-Christ, la gloire de l’Église et la joie de Notre-Dame.      
                  Abbé Michel Simoulin

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