Carnet spirituel n° 3

Le mariage (2e partie) - février 2005

      Chers amis du Père de Chivré,
     

      Le but de notre Association, vous le savez, est la diffusion des prédications du R.P. de Chivré. Certains, je le sais, la trouve difficile, ou trop peu académique : le style et la grammaire sont trop originaux, la pensée est trop dense et demeure insaisissable. D’autres disent ne pas parvenir à saisir la richesse de la pensée à cause de la richesse du style, au rythme parfois déconcertant. La plupart, grâce à Dieu, disent combien cette pensée confiée au papier vibre dans leur âme comme nulle autre. Il faut laisser au texte le temps de livrer son mystère, en retrouvant le rythme de la pensée qui s’y est confiée.
      Notre vice-président m’a glissé une page d’un auteur pour lequel il a une secrète prédilection, qui exprime en termes magnifiques le motif de notre action, cette forme de charité toute particulière qui est la miséricorde, ou la charité intellectuelle. Voici ce qu’il m’écrit :
      Ernest Hello – car c’est de lui qu’il s’agit – a écrit dans L’'Honneur, un des beaux chapitres de L’Homme, des pages admirables sur la Miséricorde. Mais sa charité s’exaltait surtout lorsqu’il s’agissait de répandre la vérité dans les âmes. II a écrit quelques phrases d'une étonnante fermeté sur le devoir absolu de ne pas transiger avec la vérité, mais je songe surtout à la méditation, que nous devrions tous relire, sur la charité intellectuelle. Nous pourrions faire de ces pages nos modèles : on n’a jamais exprimé avec plus de force le besoin qu’ont les âmes d’entendre le vrai, et le besoin qu’avait l’âme du P. de Chivré de le donner .
      «  L'homme a mille besoins. Il est celui qui a besoin. Il ne vit pas seulement de pain, il vit de parole. Et parmi les hommes il s’en trouve qui ont des besoins particuliers et exceptionnels, des besoins de lumière. Il en est qui ont besoin de parole et même de parole splendide. Il en est qui ont besoin que la parole arrive à eux revêtue de magnificence. II en est qui ont besoin, non seulement pour l'ornement de l’intelligence, mais pour la vie de l’âme et je pourrais ajouter pour la vie du corps, que la parole arrive à eux telle que leur âme est faite pour la désirer, pour la recevoir, pour l’assimiler. Ce sont la des pauvres d’un genre spécial ; car ils ont un besoin de plus que les autres, et ce besoin est rarement satisfait. Ce sont là des pauvres et la charité qui s’adresse à eux est la plus rare des charités ».
      « Or, la parole écrite est une immense charité, et sa diffusion, quand elle est bonne et belle, est, par excellence, l’acte de charité dont notre siècle a besoin. Ce mot de charité a perdu parmi nous sa splendeur. Nous oublions beaucoup trop que charité veut dire grâce. Charité veut dire splendeur. Nul ne fait acte de charité s’il ne fait acte de beauté ».
      C’est pour s’être posé devant les âmes cette question singulière et poignante que le Père de Chivré nous reste si proche et incomparablement grand. Question qu’il se pose, qu’il nous pose à travers l’auteur de cette même méditation : « Cet homme pense, médite, il a besoin de donner le fruit de sa vie intérieure, et les autres hommes ont besoin de le recevoir. Que puis-je faire pour lui, qui a besoin de donner ? Que puis-je faire pour les autres qui ont besoin de recevoir ce qu’il donnerait ? Si je viens à son secours, à lui qui veut donner, je viens en même temps au secours de tous ceux qui ont besoin de recevoir. La charité fait coup double. Si je fais circuler le sang, c’est-à-dire la Parole, tous les membres du corps s’en trouveront bien : la tête, le cœur, les mains et les pieds. La charité dont je parle, c’est cette charité intellectuelle et intelligente qui part de l’âme et va à l’âme » .
      C’est pour nous être posé la même question que nous diffusons le fruit des pensées et des méditations du P. de Chivré : pour satisfaire ce besoin de tant d’âmes privées de cette vérité pour laquelle leur âme est faite, et de la beauté de cette parole qu’elle sont faites pour désirer.
      Je n’ai rien à ajouter à ces lignes, et vous laisse donc lire la suite.
      Les textes que nous proposons aujourd’hui sont des conférences faites aux jeunes ménages. Nous continuerons ainsi sur ce thème du mariage, de la famille et de l’éducation pendant quelques carnets, conscients des besoins si particuliers des époux, des parents et des éducateurs.
      Á vous de nous dire si les besoins de vos âmes sont satisfaits et, si tel est le cas, de faire connaître l’association et de diffuser nos publications.
                  Abbé Michel Simoulin

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